Combien de CO2 stocke réellement un arbre en France
La question n’a pas de réponse unique, et toute offre qui en donne une devrait alerter. Ce qu’un arbre stocke dépend de son essence, du sol, du climat, de la densité de plantation, de son âge et de la durée sur laquelle on compte. C’est pourquoi le Label Bas-Carbone ne raisonne jamais par arbre, mais par hectare, sur une durée fixée, avec des tables de production établies par le Centre national de la propriété forestière.
Pourquoi un chiffre par arbre ne veut rien dire
Un arbre n’est pas une unité de mesure. Un chêne de cent ans et un plant de trois ans portent le même nom et n’ont rien de commun sur le plan du carbone. Entre deux essences, l’écart est du même ordre : la densité du bois varie du simple au double, la vitesse de croissance aussi.
Le sol et le climat pèsent autant. Une même essence installée sur une station favorable et sur une station pauvre ne produira pas la même biomasse, et c’est précisément ce que décrivent les tables de production forestières.
Enfin, la durée change tout. Un arbre stocke lentement puis de plus en plus vite, avant de ralentir. Annoncer un chiffre sans dire sur combien d’années il porte revient à ne rien annoncer.
Ce que disent les données du site, essence par essence
Les fiches d’essences publiées sur Carbone.eco donnent, pour chacune des 22 essences documentées, son type, sa vitesse de croissance, son habitat et un ordre de grandeur de sa capacité de stockage. Le chêne sessile y est décrit comme stockant de l’ordre de cinq à huit tonnes de CO2 sur sa durée de vie, grâce à un bois dense.
Ce type d’ordre de grandeur est utile pour comparer des essences entre elles. Il n’est pas utilisable pour vendre : on ne facture pas un arbre, on facture une tonne reconnue après vérification.
Le Douglas, à l’inverse, doit sa performance à une croissance rapide sur trente à soixante ans ; le pin maritime, à sa capacité à pousser vite sur des sols très pauvres. Ce sont trois stratégies différentes, pas trois valeurs d’un même barème.
Comment le label compte, lui
Les méthodes forestières comptent par hectare, sur trente ans, à partir des tables de production correspondant à l’essence et à la station. Le calcul intègre la mortalité attendue, les éclaircies prévues et le devenir du bois récolté.
Une part du résultat est ensuite retirée au titre de la décote de non-permanence, pour couvrir les risques naturels, avant que la moindre tonne soit mise en vente.
Rien n’est reconnu tant qu’un auditeur indépendant n’est pas venu constater l’état du peuplement après cinq saisons de végétation. C’est cette chaîne, et non un chiffre par arbre, qui fait la valeur d’une tonne labellisée.
Et la forêt française dans son ensemble
À l’échelle du pays, la forêt reste un puits de carbone, mais un puits qui s’affaiblit. L’inventaire forestier national de l’IGN mesure une mortalité en hausse et une croissance en baisse sous l’effet des sécheresses répétées et des attaques sanitaires ; l’inventaire national du Citepa en tire les conséquences dans les chiffres d’émissions du pays.
Cela ne rend pas les projets inutiles, au contraire : cela rend le choix des essences et l’entretien plus décisifs qu’avant. Planter n’importe quoi n’importe où n’est plus une option.
C’est aussi pour cette raison que les projets agricoles comptent autant que les projets forestiers. Sur ce site, 2 fermes portent 43 pour cent du volume labellisé.
Deux projets où cela se voit
Les articles de ce blog ne parlent pas dans le vide : voici deux projets ouverts aux contributions sur Carbone.eco, choisis dans la famille dont traite cet article. Leur fiche donne la commune, la méthode, le volume et l’avancement.
Les sources de cet article
Tout chiffre cité plus haut vient soit des données publiées sur ce site, soit de l’une des sources ci-dessous. Elles sont publiques : les vérifier ne demande qu’un clic.
- Centre national de la propriété forestière (CNPF) — porteur des méthodes forestières du label
- IGN — inventaire forestier national — données publiques sur la surface, la croissance et la santé des forêts françaises
- Ministère de la Transition Écologique — le Label Bas-Carbone — référentiel, méthodes approuvées et projets labellisés
- Citepa — inventaire national des émissions (format Secten) — émissions et puits de carbone français, mis à jour chaque année
À lire ensuite sur le site
- la méthode Boisement et ses tables de productionComment se comptent trente ans de croissance, hectare par hectare.
- les boisements et reboisements ouverts aux contributionsEssences retenues, surface et volume labellisé.
- estimer son empreinte carbone avant de contribuerRéduire d’abord, contribuer ensuite : l’ordre compte.
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