Et si la forêt brûle ? La décote de non-permanence expliquée
Une forêt peut brûler, sécher ou tomber sous une tempête : le carbone qu’elle stockait repart alors dans l’atmosphère. Le Label Bas-Carbone ne fait pas semblant d’ignorer ce risque, il le provisionne. Une part du volume calculé est retirée d’avance, avant toute vente : c’est la décote de non-permanence. Voici comment elle fonctionne, et ce qui se passe réellement quand un accident survient.
Le problème que pose le carbone forestier
Une tonne de CO2 émise par un moteur est définitive à l’échelle humaine. Une tonne stockée dans un arbre ne l’est pas : elle dépend de la survie de cet arbre. Le carbone forestier est un stock, et un stock peut se vider.
Les causes sont connues et devenues fréquentes : incendie, sécheresse prolongée, tempête, attaques de scolytes sur les épicéas, dépérissements liés au climat. Aucun projet sérieux ne peut promettre qu’il n’y sera jamais confronté.
L’inventaire forestier national de l’IGN et l’inventaire des émissions du Citepa documentent d’ailleurs, année après année, l’affaiblissement du puits de carbone forestier français. Ce n’est pas un détail théorique.
Comment le label provisionne le risque
La réponse du label est comptable et prudente : sur le volume calculé par la méthode, une part est retirée d’avance et ne sera jamais vendue. C’est la décote de non-permanence.
Ce volume mis en réserve n’appartient à personne. Il n’est pas attribué à un contributeur, il n’apparaît pas dans le catalogue, et il ne peut donc pas être réclamé deux fois.
Le mécanisme ressemble à une provision pour risque en comptabilité : on reconnaît moins que ce que l’on pense avoir, précisément pour que ce que l’on reconnaît reste vrai même en cas d’accident.
Ce qui se passe si un sinistre survient
Le premier effet est que le contributeur n’a pas payé pour un volume qui n’existait pas : la décote a déjà absorbé une partie de la perte, par construction.
Le second est que le porteur reste engagé. Les méthodes forestières imposent le maintien de l’état boisé sur trente ans : après un sinistre, l’obligation de reconstitution demeure, et c’est un engagement contractuel, pas une intention.
Le troisième est que la vérification par un tiers, après cinq saisons de végétation, constate l’état réel du peuplement. Un projet qui aurait perdu ses plants ne verrait pas ses tonnes reconnues.
Le quatrième relève du contrat et non de la méthode : si le projet échoue vraiment, nos conditions générales de vente prévoient que la part de la contribution qui n’a pas encore été versée au porteur est affectée à d’autres projets labellisés. Le volume final n’est pas garanti pour autant — il peut être inférieur à celui qui était prévu — et aucun remboursement, même partiel, ne peut être demandé. C’est le seul mécanisme prévu, et il vaut mieux le lire avant de payer qu’après un incendie.
Ce que le risque impose au choix des essences
La meilleure protection n’est pas comptable, elle est sylvicole. Un peuplement mélangé résiste mieux qu’une plantation d’une seule essence : un ravageur ou une sécheresse ne frappe pas toutes les espèces de la même façon.
Les méthodes du label imposent d’ailleurs la diversité des essences et leur adaptation au sol et au climat, y compris au climat attendu dans trente ans, pas seulement à celui d’aujourd’hui.
Sur les projets de ce site, 22 essences sont documentées, avec leur habitat, leur croissance et leur comportement face au réchauffement. Le reboisement de la Forêt du Hicot, dans les Landes, est né précisément d’un incendie : c’est le meilleur rappel que la reconstitution fait partie du métier.
Ce que le contributeur doit en retenir
Un projet forestier n’est pas un placement garanti, et personne ne devrait le vendre comme tel. Le risque naturel existe, il augmente avec le réchauffement, et le dispositif l’affronte au lieu de le taire.
Ce que garantit le label, c’est la méthode : un volume abattu d’avance, un engagement de trente ans, une vérification de terrain, une inscription au registre. Ce qu’il ne garantit pas, c’est qu’aucun arbre ne mourra.
C’est aussi pour cette raison que le catalogue mêle forêts et fermes. Les réductions agricoles ne reposent pas sur un stock exposé au feu : elles proviennent d’émissions évitées, année après année, ce qui répartit le risque du portefeuille. Sur ce site, 2 fermes portent 43 pour cent du volume labellisé.
Deux projets où cela se voit
Les articles de ce blog ne parlent pas dans le vide : voici deux projets ouverts aux contributions sur Carbone.eco, choisis dans la famille dont traite cet article. Leur fiche donne la commune, la méthode, le volume et l’avancement.
Les sources de cet article
Tout chiffre cité plus haut vient soit des données publiées sur ce site, soit de l’une des sources ci-dessous. Elles sont publiques : les vérifier ne demande qu’un clic.
- Ministère de la Transition Écologique — le Label Bas-Carbone — référentiel, méthodes approuvées et projets labellisés
- Centre national de la propriété forestière (CNPF) — porteur des méthodes forestières du label
- IGN — inventaire forestier national — données publiques sur la surface, la croissance et la santé des forêts françaises
- Citepa — inventaire national des émissions (format Secten) — émissions et puits de carbone français, mis à jour chaque année
À lire ensuite sur le site
- les engagements imposés par les méthodes forestièresMaintien de l’état boisé sur trente ans, diversité des essences, vérification.
- le reboisement de la Forêt du Hicot après incendieUn projet né d’un sinistre, dans le massif landais.
- les autres forêts et fermes financées sur le siteLeur méthode, leur volume et leur avancement.
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