L’additionnalité, ou pourquoi un projet doit prouver qu’il n’aurait pas eu lieu
L’additionnalité est la règle qui décide si un projet peut être labellisé : les tonnes ne comptent que si elles n’auraient pas existé sans le financement. Un boisement déjà budgété, une pratique agricole déjà obligatoire ou déjà rentable ne produisent aucune tonne labellisable. C’est la condition la plus exigeante du Label Bas-Carbone, et celle qui explique le prix d’une tonne française.
Deux trajectoires, et seulement leur écart
Toute méthode du label compare deux trajectoires. La première est le scénario de référence : ce qui se serait passé sans le projet, sur la même parcelle ou la même exploitation. La seconde est le scénario de projet.
Seul l’écart entre les deux est comptabilisé. Un hectare de friche qui se serait embroussaillé n’apporte pas le même écart qu’un hectare qui serait resté en prairie pâturée, et la méthode dit lequel retenir.
Cette construction a une conséquence directe : le carbone déjà présent ne compte pas. Une forêt existante ne produit aucune tonne labellisable au seul motif qu’elle existe et qu’elle pousse.
L’additionnalité financière
Un projet doit démontrer qu’il n’est pas rentable sans le financement carbone, ou qu’il ne l’est pas assez pour être engagé. C’est la partie la plus discutée du dispositif, et la plus utile : elle empêche de vendre des tonnes sur une opération qui se serait faite de toute façon.
En forêt, la démonstration est souvent simple. Un boisement se rembourse par la récolte, parfois soixante ans plus tard : très peu de propriétaires engagent seuls une dépense dont le retour est aussi lointain.
En agriculture, la démonstration est plus fine. Certains leviers font gagner de l’argent — réduire les excédents d’azote, par exemple, réduit une facture. La méthode encadre alors ce qui est comptabilisable et à quelles conditions.
L’additionnalité réglementaire
Ce que la loi impose déjà n’est pas additionnel. Une obligation de reboisement après coupe, une norme sur les effluents d’élevage, une couverture des sols exigée par la réglementation : rien de tout cela ne peut être vendu comme une réduction supplémentaire.
Cette règle est mécanique et elle est vérifiée à l’instruction du dossier. Elle explique pourquoi le périmètre labellisable d’une exploitation est souvent plus étroit que ce que l’agriculteur fait réellement pour le climat.
Elle a aussi un effet vertueux discret : quand une pratique devient obligatoire, elle sort du champ du label, qui se déplace vers ce qui reste volontaire.
Les objections sérieuses, et ce qu’on peut y répondre
La première objection est qu’on ne peut pas prouver un contrefactuel : personne ne saura jamais avec certitude ce qui se serait passé sans le projet. C’est exact, et le label ne prétend pas le contraire. Il substitue à la preuve impossible une règle publique, identique pour tous, opposable et vérifiable par un tiers.
La deuxième objection porte sur les effets de fuite : boiser ici pourrait déplacer ailleurs l’activité agricole supprimée. Les méthodes limitent ce risque en privilégiant les terrains délaissés ou improductifs, et en imposant de décrire l’usage antérieur de la parcelle.
La troisième est la plus solide : l’additionnalité est un jugement, donc une décision administrative, avec sa part d’appréciation. La réponse n’est pas de nier cette part, mais de la rendre publique — méthode publiée, projet notifié, audit indépendant, registre consultable.
Ce que l’additionnalité coûte, et ce qu’elle garantit
Exiger l’additionnalité rend le dispositif plus lent et plus cher : il faut instruire, documenter, écarter des projets qui semblaient bons. C’est une des raisons pour lesquelles une tonne labellisée en France ne peut pas coûter quelques euros.
En échange, elle garantit que l’argent a produit un effet qui n’existait pas avant. C’est exactement ce qu’un contributeur achète — et ce qu’aucune photo de forêt ne peut prouver à sa place.
Sur ce site, 1 194 tCO2eq ont franchi ce filtre et sont aujourd’hui labellisées, réparties entre 4 projets forestiers et 2 fermes.
Deux projets où cela se voit
Les articles de ce blog ne parlent pas dans le vide : voici deux projets ouverts aux contributions sur Carbone.eco, choisis dans la famille dont traite cet article. Leur fiche donne la commune, la méthode, le volume et l’avancement.
Les sources de cet article
Tout chiffre cité plus haut vient soit des données publiées sur ce site, soit de l’une des sources ci-dessous. Elles sont publiques : les vérifier ne demande qu’un clic.
- Ministère de la Transition Écologique — le Label Bas-Carbone — référentiel, méthodes approuvées et projets labellisés
- Centre national de la propriété forestière (CNPF) — porteur des méthodes forestières du label
- IGN — inventaire forestier national — données publiques sur la surface, la croissance et la santé des forêts françaises
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