Crédits carbone français ou internationaux : que choisir
L’écart de prix entre un crédit international à quelques euros et une tonne française à 61,32 € n’est pas une anomalie : les deux ne portent ni le même niveau de contrôle, ni le même risque de double comptage, ni la même possibilité de vérification par l’acheteur. Voici ce qui les sépare réellement, et les cas où chacun garde un sens.
Qui certifie, et selon quelles règles
Un crédit international relève le plus souvent d’un standard privé, dont les méthodologies sont écrites et révisées par l’organisme lui-même. La qualité varie fortement selon le standard, la méthodologie et le pays d’accueil.
Une tonne labellisée Bas-Carbone relève d’un cadre créé par l’État français, avec des méthodes approuvées par le Ministère de la Transition Écologique et publiées, un projet notifié et un registre national.
La différence n’est pas que les standards privés seraient tous mauvais : elle est que l’acheteur français peut lire lui-même la règle, en français, et la comparer au projet qu’on lui vend.
La question du double comptage
C’est la faiblesse historique des marchés volontaires internationaux : la même réduction peut être revendiquée par l’acheteur et comptée par le pays d’accueil dans son propre inventaire national. Les règles internationales ont progressé sur ce point, mais leur application reste inégale.
Sur le territoire français, la question se pose différemment : les réductions sont inscrites à un registre national unique et attribuées nominativement, ce qui rend une seconde attribution impossible.
En contrepartie, une tonne réduite en France est aussi comptée dans l’inventaire national français. C’est une transparence à assumer, et c’est pourquoi le vocabulaire de la contribution est le seul exact.
Ce que l’acheteur peut vérifier lui-même
C’est le critère le plus concret, et le plus souvent négligé. Un projet situé à quelques centaines de kilomètres peut être visité ; son porteur peut être appelé ; la commune existe et le cadastre aussi.
Un projet situé à l’autre bout du monde ne peut être vérifié que par procuration, à travers les documents fournis par le vendeur ou par le standard. Cela ne le rend pas faux, cela le rend invérifiable par l’acheteur.
Sur ce site, les 6 projets sont situés dans 4 régions françaises, avec la commune, la surface, les essences ou les leviers, un journal de terrain daté et des photos prises sur place.
Les cas où l’international garde un sens
Il en existe. Certains projets internationaux financent des réductions d’un coût très inférieur à ce qu’on obtient en France, avec des cobénéfices sociaux considérables — accès à la cuisson propre, à l’eau, à l’électricité.
Une grande entreprise dont l’activité est mondiale peut aussi avoir de bonnes raisons d’agir là où elle opère, plutôt que dans son seul pays d’origine.
La règle de prudence reste la même partout : lire la méthodologie, vérifier l’additionnalité, s’assurer de l’existence d’un registre et de l’absence de double comptage, et exiger un justificatif nominatif.
Ce que le choix français apporte en plus
Au-delà de la vérifiabilité, il y a l’effet sur le territoire. Un boisement en Saône-et-Loire ou un plan d’actions sur une ferme vendéenne financent une activité, un emploi, un paysage et une ressource en bois qui restent en France.
Ce n’est pas un argument climatique — une tonne vaut une tonne où qu’elle soit — mais c’est un argument légitime, à condition de le présenter comme tel et non comme une supériorité environnementale.
Le prix reste le même sur tous les projets du catalogue, 61,32 € la tonne, soit 51,10 € hors taxes pour une entreprise. Le choix se fait sur le projet, jamais sur le tarif.
Deux projets où cela se voit
Les articles de ce blog ne parlent pas dans le vide : voici deux projets ouverts aux contributions sur Carbone.eco, choisis dans la famille dont traite cet article. Leur fiche donne la commune, la méthode, le volume et l’avancement.
Les sources de cet article
Tout chiffre cité plus haut vient soit des données publiées sur ce site, soit de l’une des sources ci-dessous. Elles sont publiques : les vérifier ne demande qu’un clic.
- Ministère de la Transition Écologique — le Label Bas-Carbone — référentiel, méthodes approuvées et registre national
- IGN — inventaire forestier national — données publiques sur les forêts françaises
- Citepa — inventaire national des émissions (format Secten) — comptabilisation des réductions dans l’inventaire français
- Ministère de la Transition Écologique — cadre national et engagements internationaux
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