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Ex-ante, ex-post : quand une tonne est-elle vraiment séquestrée

Publié le · 4 min de lecture · par STOCK CO2, opérateur de projets labellisés

Ex-ante veut dire « calculé d’avance » : le volume d’un projet forestier est une projection sur trente ans, faite avant que le premier arbre n’ait poussé. Ex-post veut dire « constaté après » : c’est le travail de l’auditeur qui vient sur la parcelle. Dans le Label Bas-Carbone les deux coexistent — le calcul est ex-ante, la reconnaissance des réductions est ex-post, et une décote est retirée d’avance pour couvrir l’écart. Une tonne financée en janvier n’est donc pas une tonne déjà présente dans le bois.

Boisement du Bois de la Vernée, à Saint-Vallier en Saône-et-Loire
Boisement du Bois de la Vernée, à Saint-Vallier en Saône-et-Loire

Pourquoi le calcul vient avant le carbone

Une forêt met des décennies à stocker. Le chantier, lui, coûte immédiatement : préparation du sol, plants, protections contre le gibier, dégagements des trois à cinq premières années. Si l’on n’acceptait de financer qu’après avoir constaté le carbone, presque aucun projet ne se ferait.

Le calcul ex-ante répond à ce décalage. Il applique une méthode publique à une parcelle décrite, et produit une estimation du carbone séquestré sur la durée retenue : trente ans pour un boisement ou un reboisement, cinq ans pour un plan d’actions agricole.

C’est une prévision, et il faut l’appeler ainsi. Une fiche qui présente un volume ex-ante comme une quantité déjà acquise ment par omission.

Ce que contient réellement un calcul ex-ante

Le calcul ne repose pas sur une moyenne nationale par arbre. Il croise l’essence, la station — sol, climat, exposition, réserve en eau —, la densité de plantation, l’itinéraire sylvicole prévu et la durée de comptabilisation.

Il se fait toujours par différence. On modélise ce qui se passerait sans le projet, le scénario de référence, et on soustrait. Sur un boisement de terre agricole, la référence est une parcelle qui reste en prairie ou en friche. Sur un reboisement après sinistre, c’est un peuplement détruit qui aurait mal repris tout seul.

En agriculture, le principe est le même mais l’horizon est plus court. Un diagnostic initial décrit l’exploitation, un plan d’actions décrit ce qui va changer, et la méthode chiffre l’écart entre les deux sur cinq ans.

La vérification ex-post, qui tranche

C’est l’étape que les offres douteuses sautent. Un auditeur indépendant — ni le porteur, ni l’opérateur, ni le vendeur — se déplace et constate.

En forêt, cette vérification intervient après cinq saisons de végétation : le temps qu’il faut pour savoir ce qui a repris, ce qui a été regarni, ce que le chevreuil a mangé. En agriculture, elle intervient au terme du plan d’actions de cinq ans, avec un second diagnostic.

Tant qu’elle n’a pas eu lieu, les réductions ne sont pas reconnues. C’est pour cette raison que quatre des 6 projets de ce site affichent un volume labellisé et que les autres portent la mention « en cours de labellisation » : on ne présente pas comme acquis ce qui ne l’est pas.

La décote, ou le prix de l’incertitude

Entre la prévision et le constat, il y a un écart possible : une tempête, un incendie, une sécheresse, une reprise médiocre. Le label ne fait pas semblant de l’ignorer.

Il impose un rabais de non-permanence : une part du volume calculé est retranchée d’avance, avant toute mise en vente, pour couvrir ce risque. Le contributeur paie donc un volume déjà prudent, et non un volume optimiste corrigé après coup.

Cette décote n’est pas une assurance et ne remplace pas le suivi du peuplement. C’est une marge de sécurité comptable, appliquée systématiquement.

  • Le calcul est ex-ante : une projection issue d’une méthode publique.
  • Le volume vendu est déjà amputé de la décote de non-permanence.
  • La reconnaissance est ex-post : elle attend l’auditeur.
  • Entre les deux, la fiche du projet doit dire où l’on en est.

Les trois questions à poser à n’importe quelle offre

La première : ce volume est-il calculé ou constaté ? Une offre honnête répond sans hésiter, et la réponse « calculé » n’a rien de disqualifiant — c’est le cas de la plupart des projets forestiers en cours.

La deuxième : sur quelle durée le carbone est-il compté ? Trente ans en forêt, cinq ans en agriculture, dans le cadre français. Un chiffre annoncé sans durée n’est pas un chiffre.

La troisième : quelle décote a été appliquée, et quand aura lieu la vérification ? Ces deux informations existent dès la notification du projet. Un vendeur qui ne les a pas ne les a jamais eues.

Deux projets où cela se voit

Les articles de ce blog ne parlent pas dans le vide : voici deux projets ouverts aux contributions sur Carbone.eco, choisis dans la famille dont traite cet article. Leur fiche donne la commune, la méthode, le volume et l’avancement.

Les sources de cet article

Tout chiffre cité plus haut vient soit des données publiées sur ce site, soit de l’une des sources ci-dessous. Elles sont publiques : les vérifier ne demande qu’un clic.

Label Bas-CarboneMinistère de la Transition Écologique

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