Les projets carbone en Nouvelle-Aquitaine
La Nouvelle-Aquitaine est la région forestière de la France par la surface, et cette forêt est très majoritairement plantée : le massif des Landes de Gascogne couvre à lui seul environ un million d’hectares de pin maritime, semés et plantés au dix-neuvième siècle sur des sables pauvres. C’est aussi la région où les incendies de l’été 2022 ont détruit des dizaines de milliers d’hectares. Le projet forestier du site qui s’y trouve, la Forêt du Hicot à Mano dans les Landes, répond exactement à cette situation : reboiser là où le feu est passé.
Une forêt d’ingénieurs, pas une forêt ancienne
Le plateau landais était, il y a deux siècles, un ensemble de landes marécageuses et de sables mouvants, insalubres et peu peuplés. Ce qui les a transformés n’est pas un phénomène naturel mais une politique publique : la loi de 1857 sur l’assainissement et la mise en culture des Landes de Gascogne a imposé aux communes de drainer et de boiser leurs terrains.
Le drainage a laissé un paysage reconnaissable : un réseau de fossés rectilignes, les crastes, qui quadrille encore le massif et conditionne la conduite des peuplements. Le pin maritime a fait le reste, parce qu’il est l’une des rares essences à prospérer sur des sables acides, filtrants et pauvres.
Cela change la façon de parler de plantation dans cette région. La plus vaste forêt d’Europe occidentale y est le produit d’un chantier humain conduit sur des décennies, et elle est gérée, récoltée et renouvelée depuis cent cinquante ans.
Ce que cette forêt fait vivre, et ce qui la menace
Le massif alimente une filière industrielle continue : trituration pour la pâte et les panneaux, sciage pour la palette, la caisserie et la construction. Le gemmage, la récolte de la résine, l’a fait vivre jusqu’au milieu du vingtième siècle avant de disparaître.
Ses fragilités sont connues et cumulatives. Un peuplement résineux dense, sur sol filtrant, dans un climat qui s’assèche, brûle plus facilement ; et la sécheresse affaiblit les arbres avant même le feu, ce qui ouvre la porte aux insectes de faiblesse.
Les incendies de l’été 2022 en Gironde et dans les Landes ont rappelé l’ordre de grandeur du risque. Ils ont aussi rappelé une évidence forestière : une parcelle brûlée ne redevient pas une forêt productive toute seule, surtout sur sable.
Le projet de la Forêt du Hicot, à Mano
Mano est une petite commune de la Haute Lande, au cœur du plateau. Le projet y porte sur 22,62 hectares touchés par les incendies de l’été 2022 : 28 270 pins maritimes, l’essence adaptée aux sols sableux et filtrants de la station, plantés à l’automne 2024.
Il relève de la méthode de reconstitution de peuplements forestiers dégradés : le scénario de référence n’est pas un terrain nu, mais un peuplement détruit dont la reprise spontanée aurait été médiocre. Le carbone compté est donc un carbone de réparation.
Deux garanties supplémentaires figurent sur la fiche du projet : le peuplement sera certifié PEFC, en complément des exigences du label, et il est assuré contre les risques d’incendie et de sécheresse. La méthode estime à 4 721 tonnes équivalent CO2 ce que la parcelle retirera de l’atmosphère en trente ans, dont 238 sont ouvertes à la contribution ; la vérification de terrain, elle, n’interviendra qu’après cinq saisons de végétation, en 2029.
- Commune : Mano, département des Landes, région Nouvelle-Aquitaine.
- Type : reboisement après incendie, essence pin maritime.
- Méthode : reconstitution de peuplements forestiers dégradés, comptabilisation sur 30 ans.
- Volume : 4 721 tCO2eq estimées sur trente ans, dont 238 ouvertes à la contribution.
Ce que le projet change sur place
À l’échelle du massif, vingt-deux hectares ne changent rien. À l’échelle de la parcelle, ils changent tout : sans reboisement, un sol sableux privé de couvert se referme lentement en lande, avec une strate herbacée dense qui rend la reprise forestière plus difficile et plus coûteuse chaque année.
Replanter, c’est aussi remettre en route un cycle économique local — travaux de préparation, plants, protections, dégagements des premières années — confié à des entreprises de travaux forestiers de la région.
Enfin, le renouvellement est l’occasion d’ajuster le peuplement au climat attendu plutôt qu’à celui d’hier : densité, itinéraire, diversification lorsque la station le permet.
Ce que la région a d’autre, et ce que ce site en couvre
La Nouvelle-Aquitaine est aussi une très grande région agricole — maïs, vigne, élevage, cultures spécialisées — et les leviers bas-carbone y sont nombreux. Le site en couvre une partie : les Terres Vives du Bocage, à Bressuire dans les Deux-Sèvres, conduisent 120 hectares en bovins viande sous la méthode SOBAC’ÉCO-TMM, avec l’abandon des engrais de fond minéraux et 30 pour cent au moins d’azote acheté en moins.
Cela ne fait pas pour autant une couverture régionale, et il vaut mieux l’écrire. Les 6 projets du catalogue se répartissent sur 4 régions, et cette répartition suit les porteurs qui se sont engagés, pas une carte que l’on aurait voulu remplir.
Pour un contributeur, la conséquence est simple : choisir un projet néo-aquitain aujourd’hui, c’est choisir entre la reconstitution d’une forêt brûlée et une exploitation qui change ses pratiques. Deux chantiers lisibles, datés et localisables — trois qualités qui manquent à beaucoup d’offres.
Deux projets où cela se voit
Les articles de ce blog ne parlent pas dans le vide : voici deux projets ouverts aux contributions sur Carbone.eco, choisis dans la famille dont traite cet article. Leur fiche donne la commune, la méthode, le volume et l’avancement.
Les sources de cet article
Tout chiffre cité plus haut vient soit des données publiées sur ce site, soit de l’une des sources ci-dessous. Elles sont publiques : les vérifier ne demande qu’un clic.
- IGN — inventaire forestier national — surface, composition, croissance et santé des forêts, région par région
- Office national des forêts — gestion des forêts publiques, incendies et reconstitution après sinistre
- Centre national de la propriété forestière (CNPF) — porteur des méthodes forestières du label, documentation régionale
- Ministère de la Transition Écologique — le Label Bas-Carbone — référentiel, méthodes approuvées, registre et projets labellisés
- Données des projets et des leviers publiées sur Carbone.eco — commune, méthode, surface, volume labellisé et leviers de chaque projet
À lire ensuite sur le site
- la fiche du projet de la Forêt du Hicot, à ManoCommune, essence, méthode, avancement et photos de terrain.
- le pin maritime, l’essence qui reconstruit les LandesPourquoi cette essence, sur ces sols, dans ce climat.
- la méthode de reconstitution des peuplements dégradésDiagnostic préalable, essences adaptées, trente ans d’engagement.
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