Les projets carbone dans le Grand Est
Le Grand Est est l’une des régions les plus boisées de France, et celle où la forêt communale occupe la place la plus importante : Vosges, Ardennes, plateau lorrain. Pourtant le seul projet labellisé qui y ait été mené n’est pas forestier. Il se trouve dans l’Aube, en pleine Champagne crayeuse, sur des sols de craie superficiels et pauvres en matière organique. La Ferme de la Houblonnière, à Herbisse, relevait de la méthode Grandes Cultures, avec 400 tonnes équivalent CO2 mises à la contribution. Elle n’est plus proposée à la contribution, aucun projet de la région ne l’a remplacée, et sa fiche reste publiée.
Une grande région forestière, et un projet qui n’y est pas
La forêt du Grand Est est massive et, fait rare en France, largement publique : les forêts communales y forment un maillage hérité de siècles de gestion villageoise, avec des peuplements feuillus de qualité, chênes et hêtres, et des résineux d’altitude dans les Vosges.
Elle traverse une crise sanitaire sérieuse. Les sécheresses de la fin des années 2010 ont affaibli le hêtre et l’épicéa, et la prolifération du scolyte typographe a imposé des coupes sanitaires massives.
Il aurait été facile d’aligner l’article sur ce sujet. Mais le seul projet que l’opérateur ait mené dans la région est agricole, et il est aujourd’hui retiré de la vente : mieux vaut le dire que de laisser croire à une présence forestière qui n’a jamais existé ici.
La Champagne crayeuse, un sol qui explique tout
Herbisse se situe dans la plaine de Champagne, au nord de Troyes. Le sous-sol y est la craie : des sols superficiels, très filtrants, à faible réserve en eau et naturellement pauvres en matière organique.
Cette pauvreté a longtemps valu au pays le surnom de Champagne pouilleuse. C’est la fertilisation minérale, la betterave, la luzerne et la mécanisation du vingtième siècle qui en ont fait l’une des plaines les plus productives de France.
Sur un sol pareil, chaque dixième de point de matière organique compte, et la fenêtre d’action est étroite : ce qui n’est pas apporté par les résidus, les couverts et les racines n’est pas apporté du tout.
La Ferme de la Houblonnière, ce qui y change
L’exploitation s’était engagée sur cinq ans à réduire ses émissions, en particulier le protoxyde d’azote lié à la fertilisation, et à maximiser le stockage de carbone dans ses sols. Une partie de ses cultures a été convertie en agriculture biologique.
Deux leviers portent l’essentiel de l’effet. D’abord l’intégration de cultures à faible besoin azoté, les légumineuses, qui captent l’azote de l’air grâce à des bactéries logées dans leurs racines : les données de leviers publiées sur ce site situent l’économie entre 50 et 200 kilos d’engrais azoté par hectare.
Ensuite les couverts végétaux, semés entre deux cultures pour ne jamais laisser le sol nu, dont le stockage direct est estimé de 0,5 à 1,5 tonne de CO2 par hectare et par an selon la biomasse produite.
- Commune : Herbisse, Aube, Grand Est.
- Méthode : Grandes Cultures, portée par Arvalis, Terres Inovia, l’ITB et Agrosolutions.
- Volume : 400 tCO2eq mises à la contribution ; le projet est aujourd’hui retiré de la vente.
- Cobénéfices déclarés : matière organique, vie du sol, qualité de l’eau.
Pourquoi l’azote est le premier sujet, et pas le dernier
En grandes cultures, le principal gaz à effet de serre n’est pas le CO2 mais le protoxyde d’azote, émis par les sols fertilisés. C’est un gaz beaucoup plus réchauffant que le CO2 à masse égale, ce qui rend la fertilisation azotée déterminante dans le bilan d’une exploitation.
S’y ajoute l’amont : fabriquer un engrais azoté de synthèse consomme beaucoup d’énergie. Chaque kilo qui n’est pas acheté est un kilo qui n’est ni fabriqué, ni transporté, ni épandu.
C’est pourquoi un plan bas-carbone en grandes cultures commence presque toujours par l’azote, et rarement par autre chose. Sur une terre de craie, où le lessivage est rapide, l’enjeu agronomique et l’enjeu climatique pointent dans la même direction.
Ce qu’un contributeur peut financer, faute de projet dans la région
Il ne peut pas financer un projet situé dans le Grand Est : le catalogue n’en compte aucun dans la région. Ce qu’il finance ailleurs a exactement la même forme — un plan d’actions vérifié, sur une exploitation ou une parcelle nommée, dans un département identifiable, inscrit au registre au nom d’un bénéficiaire unique.
Il ne finance pas une conversion complète à l’agriculture biologique, ni la disparition des émissions de l’exploitation. Une ferme qui réduit reste une ferme qui émet.
Les deux fermes financées aujourd’hui portent ensemble 43 pour cent du volume labellisé du catalogue, soit 518 des 1 194 tonnes reconnues. Sur ce site, l’agriculture n’est pas l’appoint de la forêt : elle en approche la moitié.
Deux projets où cela se voit
Les articles de ce blog ne parlent pas dans le vide : voici deux projets ouverts aux contributions sur Carbone.eco, choisis dans la famille dont traite cet article. Leur fiche donne la commune, la méthode, le volume et l’avancement.
Les sources de cet article
Tout chiffre cité plus haut vient soit des données publiées sur ce site, soit de l’une des sources ci-dessous. Elles sont publiques : les vérifier ne demande qu’un clic.
- Arvalis — Institut du végétal — co-porteur de la méthode Grandes Cultures
- Terres Inovia — co-porteur de la méthode Grandes Cultures, référence sur les légumineuses
- Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté alimentaire — orientations agricoles et statistiques régionales
- Ministère de la Transition Écologique — le Label Bas-Carbone — référentiel, méthodes approuvées, registre et projets labellisés
- Données des projets et des leviers publiées sur Carbone.eco — commune, méthode, surface, volume labellisé et leviers de chaque projet
À lire ensuite sur le site
- la fiche de la Ferme de la Houblonnière, à HerbisseLeviers engagés et méthode Grandes Cultures ; projet retiré de la vente.
- la méthode Grandes Cultures du Label Bas-CarboneDiagnostic, plan sur cinq ans, suivi annuel, vérification.
- les couverts végétaux et le carbone du solCe qu’ils stockent, ce qu’ils apportent, ce qui n’est pas additionnel.
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